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La décomposition

 

Ça a commencé comme ça.

Par les coquillages.

Une nappe électronique est un raccord électrique souple dont

la forme ressemble à un ruban de bitume, une autoroute. Et c'est lui qu'il fallait changer.

 

4h,

en fumant à ma fenêtre, deux mots apparaissent furieusement dehors : Pablo Neruda.

 

9h,

en allant vendre, devant le centre Italie 2, la Pléiade de

“La Recherche” pour réparer ma vieille chaîne, je croise la tombe

de Julio Cortázar gribouillée d'admirations tendres.

 

12h,

sur Wikipédia, Julio Cortázar est Argentin, engagé, naturalisé

par Mitterrand ; publie “Marelle” en 63, “Le Livre de Manuel”, prix Médicis Etranger 74 ; refuse d'être Oulipo, belle gueule, trois femmes. Dont sa dernière avec lui dans la tombe : Carol Dunlop. Mort d'une leucémie à Paris.

 

Il y a une place Cortázar à Buenos Aires.

 

23h30,

“Eau sexuelle” de Neruda est lu dans la Nova Book Box. L'animateur recommande “Résidence sur la terre”. Je regarde sa disponibilité sur le site de Gibert Joseph.

 

11h,

Chez Gibert, je vois que Julio Cortázar signe la préface du recueil “Résidence sur la terre” de Neruda. Et je lis ceci :

 

“Dans les années 40,

en une période où presque tous les poètes

suivaient une voie lyrique sans surprise,

il tombe sur une génération sud-américaine stupéfaite,

une énorme alluvion de mots chargés de pierres et de lichens,

de sperme sidéral.”

 

20h10,

près du cimetière du Montparnasse, je lis à Paul et à la belle gueule de Cortázar “Entrée dans le bois”. A genoux, tête dans les aiguilles décomposées, Pablo Neruda jouit de la renaissance.

 

Pendant ce temps, sur la tombe de Cortázar, le coquelicot dessiné touche la troque jujube peinte en bleu. Et je vois, hors les murs

du cimetière, trois sacs blancs dans une benne devenir les taches claires d'un tableau achevé.

 

Avec Paul, nous comprenons que les rapports humains sont difficiles.

 

1h,

travelling vers ta conque, on redécouvre l'expression “cordée Braque-Picasso” inventée par Braque.

 

3h,

un vert Véronèse involontaire surgit d'une coulée jaune. Ce vert sur la toile devient un lac, un lac méromictique tranquille, riche d'archéobactéries, d'archéobactéries tendres, semblables à celles qui respirent depuis le début de la vie sur Terre.

 

Parfois le journal de Virginia Woolf est plus intéressant que ses textes.

 

Qu’est-ce que c’est ?

– Rien. Juste le miroir qui se reflète dans la fenêtre.

 

Au même moment,

boulevard Charest à Québec,

klaxonne un cargo de vingt-huit roues.

 

 

 

GR-2019

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