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Paysages de Paul

(ou l'’accident)

2012

 

Il avait interprété et casé un grand nombre de faits historiques. Il avait rencontré un expert en peinture à l'œuf sur bois de noyer. Il s'était interrogé sur la présence anachronique d'une fourchette, peinte au revers d'un triptyque. Il avait cherché les otaries.

 

Il avait lu l'histoire inscrite dans les corps. Il était retourné trois fois dans les salles parce qu'il ne parvenait à savoir en quoi elles n'étaient pas intéressantes. Il avait cherché un ton apolitique pour résumer cinquante ans de maoïsme.

 

Paul avait détaillé l'engraissement progressif du taureau espagnol. Il avait attendu trois semaines pour finalement écrire un verbe au conditionnel. Il avait hésité avant d'écrire “promis à l’évaporation”. Il avait photographié ses petits déjeuners.

 

Paul faisait la différence entre la poisse et la pollution. Il s'était intéressé à une Bataille de Lépante, à l'hiver, aux mutiques, au roman, il avait fait des kilomètres pour monter sur un canon et voir un mimosa. Paul écoutait John Cage et Archive. Il avait bien fait de louer la voiture.

 

Il avait photographié des fougères à l'automne éclairées par le matin. Il les avait remarquées sur la route, positionnées chaque fois dans un virage. Cadrans solaires exacts, laissant encore visible le soleil vert de la veille.

 

En sentant les graviers rouler sous les pneus, Paul un instant. La première embardée l'emmena vers. Chaque tentative du volant donnait un. Paul regardait ses bras, quittait la route en l'évitant.

 

La troisième embardée lui rappela le mouvement d'une, mais en plus sec, plus ample. Plus incertain. Il vit le capot rouler dans. Il se dit Là j'ai besoin d'une dépanneuse, je ne peux plus être seul dans la.

 

Il visualisa l'emplacement du contrat de location dans l'habitacle. Paul se dit qu'il sera en retard, que c'était, qu'il appellera pour. Paul vit le fossé surgir en haut du pare-brise. Vitres se brisèrent en commençant par les bords. Paul écouta bruit mat, il sentit glissements lourds latéraux, puis affaissement général et le silence comme un réveil-matin.

 

Paul remarquait la fluidité du corps quand il ne pèse rien. L'air autour était le même que dehors. Il dit Oh, la vache, et savait qu'il sortirait par la fenêtre du passager. Les bris de verre partout. Paul prit appui sur le frein à main et le dossier pour se hisser. Il regarda fixement le frein à. Lui découvrit une utilité à laquelle il n'avait pas. Sa main sentit le tissu inoffensif, souple connu chaud rond, du dossier.

 

La départementale surplombait un désert. L'air ét tiède, Paul aurait voulu se reposer ici une heure ou d. Apaiser un désordre chimique et en même temps rester dans ce temps inconnu, l'interstice offert. Paul vivant s'agrippant au soleil, voulait fumer fêter ça mais corps savait d'avance que, oscillait descentes cris, rampait vers de l'air.

GR-2012

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