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Prose du Transsibérien

Carnet de voyage dans ma peinture, l’objet photographié n’existe plus​​​​, notes ici

Sous les bougainvilliers   (à D.)

sont tombés la tombe à char, les dieux anonymes,

le gobelet apode caréné et le disque perforé néolithique

 

sont dispersés le moule de hache et son noyau,

la cruche à vin œnochoé et le fragment de propulseur gravé à trois têtes

 

par nous dans mille ans tomberont la voûte sur croisée d’ogives,

la vis aérienne, la tête d’allumeur et le parc d’engraissement sur plan incliné

 

s’envoleront le bol Tupperware et son code-barres,

le circuit imprimé et son logo illisible incrusté dans un fragment de béton

 

dans ce même vent restons disponibles, mains nues regardons

 

driiiing !

 

 

              2h, place de la Trinité

              la croûte terrestre surgit sous la forme d’un trottoir granitique constellé

              de micas

              nous marchons sur des années en arrière et le soleil intact est au sol

 

.

atomisés la donnée numérique, l’inventaire cumulatif et la tuberculose

détruit le cheptel consentant alimenté par la machine

 

cramés la physiognomonie, la réduction au nombre et la surface,

l'argent surnaturel et le cul de l'industriel fasciné par la mort

 

oubliés les maîtres du zugzwang et l’éblouissement des premières perspectives

envolées les fictions pharamines et la visibilité des alouettes

 

disparus la prédation des nécrophiles, le droit divin du grand crétin

et le gyrophare marquant les gueux sur l'Achéron

 

dans ce même vent restons disponibles, mains nues regardons

 

driiiing !

 

 

              2h, les années-lumière de la Grande Ourse nous renvoient des cétacés,

              une Himalaya naissante

              et l'idée qu'un moment la trace d’un futur de l’Homme n'existe pas

 

.

délaissés le crrri tue vie vautourloupe par consanguinité

et le merdulateur crucipompe d’éthiques à icônes

 

oubliée la cruzertipine séparée du monde sauvage

effacée le sécurigole des verbulateurs de déchets

 

adieu le vite impulse, perdus le bruyant exponentiel,

les doubles nébuleuses et le cri nickelé du gorgeopathe

 

ripées la longe rituelle moite des sidéracolles

et les tomatuithes violacées du générateur d'options

 

mains nues regardons, mains nues regardons

 

criiiing !

 

 

              2h voire plus, je mange deux beautés

              ces rescapées sont à moi

              je les aime parce que je les vois

              et que je les appétisse autant que toi

              sous l’odeur des bougainvilliers

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